Les Articles

La Bresse...


Du plus haut champ, tout au sommet du coteau, le regard embrasse la plaine de Bresse qui s'étale depuis les monts du tournugeois jusqu'à ceux du Jura au-delà desquels, par temps clair, le Mont Blanc, pareil à une cathédrale, dresse sa majesté à l'horizon.

Joseph Maublanc, chantre bressan a composé une chanson à l'honneur de cette Bresse qu'il a tant aimé. Il l'a non seulement aimé mais aussi dansé avec le groupe qu'il avait réuni en costume du pays. Ce fut un fameux groupe folklorique de renommé  qui dépassait la région.

Pays de bocages, la plaine ressemble à un damier multicolores où brille çà et là l'eau d'étang poissonneux où les douces soirées printanières sont emplies d'un concert merveilleux offert par le coassement de milliers de grenouilles. L'assèchement des zones marécageuses en queue d'étang, quand ce n'est pas de l'étang lui-même, a fait quasiment disparaître les grenouilles de la Bresse. C'est dommage pour la gastronomie et dommageable pour l'écologie. Les grenouilles sont grandes dévoreuses d'insectes.  Si elles étaient encore là, la Bresse serait sans doute moins empoisonnée par les insecticides épandus à outrance sur les terres pour les débarrasser des insectes qui deviennent de plus en plus résistants.

Des chemins creux mènent à des hameaux de cinq ou six maisons traditionnelles aux murs en colombage emplis de briques rouges mais aussi de pisés quelques fois. La grande pièce de la maison, l'huteau, occupait toute la largeur de la bâtisse. La porte de devant à l'Est, celle de derrière à l'Ouest étaient en bois plein clouté. Elles étaient séparées en deux dans le sens de la hauteur pour permettre d'aérer et laisser filtrer un peu de lumière par le haut, tout en maintenant le bas fermé pour barrer la route aux animaux. Notamment aux poules qui ne se gênaient pas d'entrer pour picorer les miettes autour de la table. Le sol en gros carreaux de terre cuite de couleur rouge laissait bien des refuges aux miettes. Les poules le savaient. Toute la famille vivait dans l'unique pièce de la maison aux multiples fonctions, cuisine, salle à manger, chambre à coucher. Au milieu du mur Nord la grande cheminée en briques rouges, toute noire de suie. De part et d'autre de cette dernière, pour récolter le peu de chaleur mourante, se trouvaient le lit des aïeux et celui des enfants. Contre l'autre mur, le lit des parents. C'étaient des lits de coin, c'est a dire qu'on ne pouvait en faire le tour, un de leurs cotés était contre le mur. Il fallait s'armer d'un bâton pour étendre les draps et la couverture du coté mur. Ce bâton se transmettait entre génération. A force de servir il était patiné comme les vieux meubles.

Au milieu de la pièce, une grande table en chêne. Sous l'épais plateau il y avait des compartiments fermés par des portes coulissantes, les ‘yettes'. On y rangeait non seulement le pain qui y restait frais pendant une semaine mais aussi les couverts de chacun. Bien essuyés avec du pain après chaque repas ils connaissaient rarement l'eau de la vaisselle. Dans les fermes ce détail comptait car il faisait gagner du temps, pas de mise de table, pas de desserte et pas de vaisselle.  De chaque coté de la table des bancs de même longueur où pouvaient s'asseoir jusqu'à six convives. En complément une grande armoire bressane de style Louis XV, fabriquée en chêne avec les panneaux en loupe d'orme. Aujourd'hui elle vaut une petite fortune pour ceux qui ont su la conserver en résistant à l'appel de l'antiquaire qui, au cours des années 55/65, proposait de l'échanger contre un buffet en Formica de couleur vive, sans valeur.  Le plafond en bois soutenu par des solives espacées de 40 cm environ, reposaient sur deux énormes poutres de chêne traversant toute la largeur de la maison, ordinairement sept mètres, contribuait à assombrir davantage la pièce. Les murs étaient noircis par la fumée de la cheminée, le plafond aussi. La lumière avait donc beaucoup de mal à s'imposer. En plus les larges avants toits prévus pour faire sécher le maïs absorbaient le peu de lumière qui voulait entrer et laissait la pièce dans une constante pénombre.

Du coté du tournugeois, les monts couverts de vignes donnent un agréable vin blanc. Ils dressent leurs faibles mais suffisantes altitudes pour laisser deviner les monts du charolais qui plongent sur la Loire et ses brouillards d'automne, visibles quelques fois là où le ciel rencontre la terre, lorsque chauffés par le soleil ils s'élèvent en nuages éphémères.

Au Nord, par la trouée de Belfort, la bise emprunte le chemin des envahisseurs. Elle se refroidit encore sur le plateau de Langres et arrive chargée de givre. Pour la circonstance, les arbres et les buissons sont décorés de diamants étincelants qui brillent sous les lumières du pâle soleil hivernal. C'est la saison ou les bêtes se terrent le plus confortablement possible. Pour l'homme, c'est la saison des longues soirées conviviales. A l'ouest, la Saône fend le département en deux avant d'aller mêler ses eaux à l'impétueux Rhône qui les emporte au sud, vers le pays du soleil, du vent et des chevaux sauvages.                                                  

        



Par Bleubleu

LIRE UN JOURNAL :

Région :

Département :

Pays :

Améliorer la carte WikiJournal


Publier un article / Communiqué de presse local Passer une petite annonce gratuite Annoncez un événement local S'inscrire dans l'annuaire local
-->