Je m'en souviens très bien, j'étais enfant et à chaque premier soleil d'avril, ma grand-mère sortait de son armoire une belle cape qu'elle appelait « capeline » C'était une coiffure bressane de la région de Louhans. Chaque région de Bresse avait sa forme de coiffure et, sur le marché de Louhans, rien qu'à la forme de la coiffure, nos ancêtres pouvaient savoir de quelle région était celle qui la portait. Il y avait une réelle différence entre les communes du nord de Louhans et celles du sud. Les plus belles étaient celles des communes de Montpont en Bresse, Chapelle Thècle et Romenay avec une préférence pour cette dernière communes.
La « capeline » de ma grand-mère était toute simple. Trois renforts en osier entre lesquels était tendue une toile de lin blanche. Quand elle l'avait sur la tête on aurait cru qu'elle se promenait avec un chariot miniature de la conquête de l'Ouest ! Marie-Claudine avait la même sauf que le tissu au lieu d'être tissé avec du lin l'était avec un fin coton. C'était une capeline de demoiselle sinon riche mais tout au moins aisée.
Marie Claudine tous les dimanches allait à la messe. Elle y venait coiffée de sa cape bressane d'une blancheur immaculée et bougeait sans cesse la tête. Les biens pensants s'en étaient ouverts à monsieur le curé. Marie Claudine n'était-elle pas possédée par le démon ? Certains le pensaient si forts qu'ils ne pouvaient s'empêcher de le dire tout haut.
Intrigué, autant que ses paroissiens, par ses incessants hochements de tête, monsieur le curé avait ordonné à Marie Claudine de se confesser après la messe. Les ordres de monsieur le curé étaient formels et il ne serait venu à l'idée de quiconque de désobéir. C'était d'ailleurs bien trop risqué. N'avait-il pas dit qu'il était le représentant de Dieu et lui désobéir était désobéir au Créateur. Allez donc risquer l'éternité en enfer pour quelques minutes de confessionnal. Marie Claudine, docilement s'était agenouillée :
‘'Pardonnez-moi mon père parce que j'ai pêché''
‘'Mon enfant, Dieu t'entend, alors de quels pêchés ton âme est chargée. J'ai remarqué que sans arrêt tu secoues la tête à la messe, tu te moques certainement de Dieu.''
‘'Oh ben que non, monsieur le curé, à la messe je prie pour qu'on ait de bonnes récoltes et la santé. Mais ça m'arrive aussi de penser à ce que m'a dit ma mère quand elle m'a donné la cape blanche que je porte à l'église''
‘'Au moins ce n'est pas contre l'église ni contre Dieu qu'elle a parlé ta mère. Elle en serait bien capable Alors elle t'a dit quoi ta mère''
‘'Ma mère, monsieur le curé, elle m'a dit qu'il ne fallait jamais se laisser faire sur la tête, même pas par les mouches. Si je la secoue c'est pour les empêcher de venir salir ma belle cape.
Bleubleu